Le portable quitte le lycée. Qui remplira les heures rendues ?

Veille du 23 août 2026

Cinq signaux repérés cette semaine. Fil rouge : la rentrée 2026 s'apprête à rendre des heures aux adolescents, sans dire quoi en faire. Nous les partageons tels que nous les lisons, avec leurs limites, et sans prétendre en tirer de conclusion définitive.

Signaux faibles

1. Ce qui recule, est-ce la lecture ou la durée d'attention ? Le baromètre CNL / Ipsos BVA 2026 (un baromètre est une enquête répétée à l'identique d'une année sur l'autre, ce qui permet de comparer) a interrogé 1 500 jeunes de 7 à 19 ans fin janvier. Il mesure 3h01 d'écrans par jour contre 18 minutes de lecture. Chez les 16-19 ans, l'écran dépasse 5 heures et la part de lecteurs passe de 76 % (13-15 ans) à 56 %. Sur écran, 56 % regardent des vidéos courtes, 16 % lisent. Une lecture possible, parmi d'autres : ce n'est peut-être pas le livre qui perd du terrain, mais le format long. · Ipsos / CNL, 2026

2. Le « retour à l'analogique » sort de la niche. Le CRÉDOC (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) observe depuis 2022 une remontée des pratiques hors ligne, lecture, activités artistiques, temps dehors, au détriment des réseaux sociaux. Ce qui semble changer en 2026, c'est le motif : moins tuer le temps, davantage repartir avec une compétence ou un objet. Gravure, céramique, cuisine. Nous prenons cette interprétation avec prudence : elle vient d'une analyse de blog, pas d'une publication scientifique. · Blog en Commun, 2026

3. L'INSEE remet le temps domestique sous mesure. L'Enquête Emploi du temps 2025-2026 est en collecte, avec pour la première fois un volet consacré à la place des écrans dans les activités quotidiennes. Ce sera la première photographie fine depuis 2010 de qui fait quoi dans un foyer français, repas et tâches compris. Un sujet que nous discutons aujourd'hui à partir d'impressions deviendra mesurable. Nos propres convictions y seront confrontées. · INSEE

Une idée reçue à nuancer, y compris la nôtre

« Faire cuisiner les enfants les fait mieux manger. » Une revue systématique publiée en 2024 dans le Journal of Nutrition Education and Behavior a passé au crible les programmes de cuisine pour enfants. Une revue systématique recense de façon méthodique toutes les études disponibles sur une question, au lieu de retenir celles qui arrangent. Les effets positifs les plus constants portent sur les compétences culinaires, le sentiment d'efficacité personnelle (la conviction d'être capable de réussir une tâche donnée) et l'implication de l'enfant. L'amélioration de l'alimentation, elle, « est rarement obtenue ».

La méta-analyse des ateliers scolaires va dans le même sens. Une méta-analyse agrège les résultats de plusieurs études pour en tirer une moyenne : ici, une taille d'effet de 0,39 sur l'auto-efficacité culinaire, contre 0,25 sur la consommation de légumes. Une taille d'effet mesure l'ampleur d'un résultat ; par convention, on considère qu'autour de 0,2 l'effet est faible, et modéré autour de 0,5. Deux effets réels, donc, mais modestes.

Nous employons nous-mêmes cet argument nutritionnel, en nous appuyant sur des études de cohorte qui associent une pratique durable de la cuisine à une meilleure alimentation à l'âge adulte. Cette revue ne les annule pas, elle porte sur autre chose : des ateliers évalués sur quelques semaines. Ce que nous en retenons, et que nous formulerons désormais ainsi : un atelier ne change pas l'assiette d'un enfant, et le bénéfice le mieux établi à court terme est psychologique. · Revue systématique, 2024 · Méta-analyse

Un débat en cours

Interdire le portable au lycée : du temps libéré, ou un vide ? Le Parlement a adopté le 21 juillet l'extension de « Portable en pause » aux 2,3 millions de lycéens dès septembre. Sophie Vénétitay (Snes-FSU) y voit « une déconnexion totale avec la réalité des établissements scolaires ». Le précédent du collège nourrit cette réserve : le SNPDEN-Unsa estimait à 8,5 % la part d'établissements appliquant réellement le dispositif, pour un coût pouvant atteindre 15 000 € par site. Les partisans avancent le climat scolaire et la concentration retrouvée. Les deux camps avancent des arguments sérieux et nous ne prétendons pas les départager.

Une question nous semble malgré tout peu posée : si la mesure fonctionne, elle rendra à des adolescents plusieurs heures par semaine sans rien prescrire pour les remplir. Cette question-là atterrira dans nos cuisines et nos salons. · franceinfo · education.gouv.fr


Ce que nous en retenons. Le temps d'écran ne se soustrait pas, il se remplace, et par quoi reste à décider, foyer par foyer. Un adolescent qui récupère plusieurs heures par semaine a peut-être besoin d'une activité qui produise quelque chose de visible, tolère l'erreur et se répète. La cuisine remplit ces trois conditions, non pour lui faire manger des légumes, les études ci-dessus sont claires là-dessus, mais pour lui faire constater qu'il est capable. Nous ne savons pas si c'est la meilleure réponse. Nous pensons que c'est une question qui mérite d'être posée à table.

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