La confiance en soi entre dans les programmes. Et à la maison, que pouvons-nous faire ?

Vous êtes nombreux à vous demander si votre enfant a assez confiance en lui, et à qui revient ce travail. La question est légitime, et nous n'avons pas de réponse définitive à vous proposer. Nous avons un constat, quelques données, et une piste à mettre à l'épreuve chez vous.

À la rentrée 2026, les programmes de seconde génération intègrent les compétences psychosociales, souvent abrégées en CPS, à tous les niveaux : confiance en soi, régulation émotionnelle (savoir reconnaître ses émotions et les apaiser), coopération, autonomie. Le ministère en a fait une priorité et publie une feuille de route dédiée (éduscol).

Sur le terrain, l'accueil est plus nuancé. Le rapport de l'IGÉSR, l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche, qui évalue le système scolaire pour le ministère, identifie trois freins : la surcharge de travail, le flou des mots employés, le bouleversement des habitudes professionnelles. Une tribune du Café pédagogique parle de « dérives ». Nous ne sommes pas en position d'arbitrer ce débat, qui appartient aux enseignants et aux chercheurs. Nous en retenons ceci : la mission est confiée à l'école, et la question des moyens reste ouverte.

Une question de lieu et de temps, plus que de principe

Peu de monde conteste qu'un enfant confiant apprenne plus facilement. Le désaccord porte moins sur le principe que sur le lieu et le temps disponibles.

Développer une compétence psychosociale suppose vraisemblablement trois conditions : une tâche réelle dont le résultat se voit, un droit à l'erreur qui ne se paie pas en note, et une répétition régulière. Réunir les trois dans une classe nombreuse est difficile, et ce n'est pas affaire de bonne volonté : l'école ne peut pas tout faire.

La question devient alors la nôtre. Comment pouvons-nous, parents, offrir ce terrain d'entraînement à la maison, sans transformer nos soirées en programme éducatif ?

Ce que la cuisine, chez nous, rend possible

Une recette est une tâche réelle : elle réussit ou elle rate, et l'enfant le voit tout de suite, sans que personne ait besoin de le lui dire. Elle mobilise la lecture d'une consigne, la mesure, les fractions, l'ordre des étapes, la motricité fine (la précision des gestes de la main). Elle produit un objet qui existe et que quelqu'un mange. Et l'erreur y coûte peu : une pâte trop liquide n'entre dans aucun bulletin.

C'est aussi l'un des rares terrains où un préadolescent peut se montrer compétent devant un adulte. Peut-être est-ce là que se joue une part de la confiance : moins dans les félicitations reçues que dans le fait d'avoir produit quelque chose que personne n'aurait produit à sa place.

Les données sur les repas partagés vont dans le même sens, avec la prudence qui s'impose : la recherche associe les dîners familiaux fréquents à moins de troubles émotionnels et comportementaux, et à davantage de satisfaction de vie, indépendamment du revenu du foyer (McGill). Association n'est pas causalité : les familles qui dînent ensemble se distinguent sans doute aussi sur d'autres points que le repas.

Trois pistes à essayer cette semaine, si le cœur vous en dit

  1. Déléguer un plat entier plutôt qu'une étape. « Épluche les carottes » demande peu de décisions. « Tu fais l'entrée de samedi » engage la planification, le choix et la responsabilité. Si votre enfant n'a jamais cuisiné seul, un plat qu'il connaît déjà est un meilleur point de départ qu'une nouveauté.
  2. Commenter la stratégie autant que le résultat. « Tu as goûté avant de saler » lui apprend probablement davantage que « c'est délicieux ».
  3. Laisser vivre le raté. Un plat manqué que l'on mange quand même a sans doute plus de valeur qu'un plat réussi par le parent qui a repris la main à la première hésitation. Cela demande du temps et de la patience, et tous les soirs de semaine ne s'y prêtent pas. C'est normal.

Ce que nous en retenons, sans trancher

Nous ne croyons pas qu'il faille choisir entre l'école et la maison. L'école porte désormais cette mission et le dit ; elle ne peut pas la porter seule. La maison reste un lieu d'entraînement disponible tous les jours, et la cuisine y est probablement la pièce la mieux équipée : une tâche réelle, un droit à l'erreur, une répétition naturelle.

Reste une question que nous ne pouvons pas trancher à votre place : quel geste êtes-vous prêt·e à confier à votre enfant cette semaine, en acceptant qu'il le fasse moins bien que vous ?

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Sources : éduscol · Développer les CPS · Café pédagogique · Halte aux dérives des CPS · Rapport IGÉSR · McGill · Soupers en famille et santé mentale

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